Violences automobiles

Denis CHEYNET, janvier 2002

Cela fait maintenant 6 mois que j'habite Lyon. La chose qui m'a le plus surpris en arrivant ici et qui continue à me mettre mal à l'aise est la violence permanente qui y règne. Il est impossible de se promener à pied où à vélo dans la ville sans ressentir son couperet sombre qui vous frôle le dos. Chaque pas doit être mesuré. L'œil est à l'affût et guette le moindre recoin d'où l'acier peut jaillir et venir vous frapper dans un rugissement de haine. Le poing crispé dans la poche, la main crispée sur la poignée de son sac, chacun se tient prêt.

La violence lyonnaise vous force à changer de trottoir plusieurs fois sur un même parcours. Elle vous et joue avec vos nerfs en vous obligeant à slalomer, à vous stopper brusquement, à courir pour l'éviter. Les parents n'osent plus laisser leurs enfants aller seuls à l'école, même lorsque celle-ci est à proximité. Les parents n'osent plus laisser leurs enfants jouer dans la rue car le danger est bien trop grand. Cette violence est partout. Elle n'épargne aucun quartier et nous avons tous déjà eu à faire à elle. Elle fait de tout parcours à pied ou à vélo un acte de courage dans une ville où les gens n'osent plus sortir à l'air libre.

La violence dont je veux parler n'est pas celle qui entretient la psychose à travers les journaux et la télévision. La violence dont je veux parler est rarement nommée. Pourtant, c'est par elle que nos vies ont le plus de chance de se terminer puisqu'elle comptabilise 25 morts par jour en France, soit un mort toutes les heures, sans compter tous les blessés, les traumatisés, physiquement et psychologiquement.

Elle est causée par un enfer mécanique de véhicules en tôle qui envahissent notre cité. Ils viennent cracher leurs excréments gazeux dans le cœur Lyon et ternir les façades colorées des pentes de la Croix Rousse. Ils viennent rompre la paix des lieux par des cris de klaxons et bruits de moteurs que seuls les chantiers métallurgiques arrivent à surpasser.

La violence automobile ne s'arrête pas aux rues qu'elle accapare en totalité. Elle s'étend jusque dans les banlieues et défigure la moindre parcelle d'humanité. Elle balafre le parc de Miribel Jonage d'un immense coup de lame autoroutière et défigure les plus petits espaces de verdure urbaine. Elle est totalitaire et impose jusqu'a l'organisation des monstrueuses zones commerciales qui lui sont dédiées.

J'aimerais pouvoir sortir sans crainte dans cette ville qui m'accueille et profiter de toutes les richesses culturelles et humaines dont elle recèle. J'aimerais pouvoir me rendre à mon travail à vélo sans que cela paraisse de la bravoure ou un acte kamikaze. J'aimerais pouvoir profiter paisiblement des pentes et de leurs façades colorées. J'aimerais pouvoir balayer tous les gaz d'échappement qui masquent Lyon et nous empêchent d'en apprécier toute la beauté.