Supprimons les seuils !

Denis CHEYNET, février 2005

Que se passe-t-il lorsqu’un seuil de pollution atmosphérique est dépassé à Lyon ? Rien. Quelles mesures concrètes et efficaces mettons-nous en place lorsque les personnes affectées de maladies respiratoires sont invitées à rester chez elles et que les personnes les plus sensibles sont priées de limiter leur activité physique ? Nous invitons les automobilistes à laisser de côté leur voiture le temps d’une journée et à utiliser les transports en commun. Quels sont les effets de ces mesures ? Ils sont minimes, voir inexistants. Le Grand Lyon a demandé l’assistance de 300 « nez » bénévoles pour humer l’air et noter chaque jour l’odeur du grand Lyon. À quoi cela sert-il ? Strictement à rien. On pourra continuer à renifler l’air, mesurer chaque polluant, consigner les données dans des bases informatiques pendant des années. Quel en est le but si cela n’est pas suivi d’effets ?

Puisque les mesures de pollution atmosphérique ne servent à rien d’autre qu’à remplir des tableaux de statistiques et ne font l’objet d’aucune mesure réelle, je pense qu’il serait plus honnête de la part des élus lyonnais de les supprimer. Cela serait plus cohérent de leur part et leur éviterait de sombrer dans la schizophrénie. Car le grand écart entre les paroles (« La ville malade de la voiture ») et les actes (Construction de nombreux parkings) devient intolérable et risque de nous rendre fous.

De même, si les élus lyonnais adoptaient une position plus conforme avec la politique de tolérance vis à vis du stationnement automobile, ils pourraient supprimer les trottoirs qui se situent dans les pentes de la Croix Rousse et le remplacer par des places de stationnement. Ils pourraient supprimer les bandes cyclables du cours Gambetta et en faire des lignes de stationnement rapide pour automobiles ou de « j’en ai pour deux minutes, je vais juste faire une course ». Ils pourraient transformer les trottoirs à proximité du parce de la Tête d’Or en parkings et les pistes cyclables en voies de circulation .

Si les élus lyonnais pensent que ces mesures sont la représentation de ce que demande les citoyens du Grand Lyon, je respecterai la démocratie. Mais il faudra alors qu’ils cessent de nous faire croire qu’ils s’opposent au tout automobile et qu’ils souhaitent attribuer une plus grande place aux modes de déplacements alternatifs (transports en communs et véhicules sans moteur).

Pour ma part, je pense qu’une des premières mesures à mettre en œuvre, de la part d’une ville et d’une communauté de commune qui se dit favorable aux « modes de transport doux » et au sein de laquelle des élus verts siègent serait de limiter la circulation automobiles les jours des pics de pollution. C’est le minimum qu’ils puissent faire, sans être pourtant suffisant. Comment croire en leurs promesses et en leurs annonces publicitaires, si un droit aussi simple que celui de passer sur un trottoir avec une poussette sans avoir besoin de descende de la chaussée et de se mettre en danger n’est pas respecté ?

En partant du fait que le prix de l’essence est voué à augmenter, voir à exploser d’ici quelques années et que les ressources pétrolières sont épuisables, en partant du fait que l’automobile rejette des gaz polluants dans l’air, en partant du fait que l’automobile tue, en partant du fait que l’automobile fait du bruit, en partant de l’opinion que l’automobile enlaidit nos villes et rompt les liens sociaux, je pense qu’il est urgent d’organiser autrement nos déplacements. Il me semble que nous sommes suffisamment intelligents et évolués pour utiliser les moyens de transports collectifs de manière efficace, pour laisser une plus grande place au vélo et faire de la ville un endroit agréable à vivre tout en permettant les flux de circulation des hommes et des marchandises.