En hyper centre-ville commercial, pendant 0,14 % du temps, sans ma voiture

Denis CHEYNET, septembre 2003

En hyper centre-ville commercial, pendant 0,14 % du temps, sans ma voiture

L’action lyonnaise qui aura lieu le 22 septembre prochain, « En ville sans ma voiture », porte extrêmement mal son nom. En entendant cette phrase, « En ville sans ma voiture », on est en droit de s’imaginer la ville de Lyon entièrement débarrassée des automobiles qui l’envahissent. Pourtant, les cyclistes, les piétons ou les usagers des transports en commun qui font quotidiennement leurs déplacements autrement qu’en automobile ne verront aucune différence par rapport aux autres journées, sauf s’ils ont la chance de faire partie de la minorité de gens qui ne sortent pas de la presqu’île.

Notons d’ailleurs que le périmètre de la ville de Lyon est très variable suivant l’utilisation du terme que Monsieur Collomb en fait. Lorsqu’il s’agit du rayonnement international, Lyon semble s’étendre sur la planète entière et disposer d’un réseau de partenariat avec toutes les grandes agglomérations mondiales. Lorsqu’il s’agit de politique locale, le grand Lyon comprend Lyon, Villeurbanne, Caluire, Rillieux la Pape et toutes les villes de la Communauté Urbaine. Lorsqu’il s’agit de l’opération « En ville sans ma voiture », Lyon se trouve brusquement réduite à une zone minuscule composée de la presqu’île et d’un ensemble de rues commerçantes, dont certaines sont déjà piétonnes. L’opération a-t-elle pour but de libérer l’ensemble de l’agglomération lyonnaise des automobiles ou doit-elle se réduire au périmètre de la galerie marchande à ciel ouvert qu’est devenu l’hyper centre lyonnais ?

Si c’est la deuxième optique qui est choisie, comme cela a été le cas lors des deux précédentes années, alors il faut changer le nom de cette opération. Puisqu’elle ne dure que 12 heures parmi les 8760 que comporte une année, commençons par dire « En ville, pendant 0,14 % du temps, sans ma voiture ». Puisque ensuite l’action ne concerne pas la ville dans son ensemble, mais uniquement l’hyper centre-ville commercial, renommons la « En hyper centre-ville commercial, pendant 0,14 % du temps, sans ma voiture. ». Nous aurons alors la vraie mesure de la journée sans voiture à propos de laquelle la mairie de Lyon fait tant de tapage et aime tant se vanter.

L’action « En ville sans ma voiture » doit s’étendre sur l’ensemble de la ville, c’est à dire sur l’ensemble de l’agglomération lyonnaise, le « Grand Lyon ». Ses répercutions doivent rayonner de manière internationale, en étant la preuve du courage politique d’un conseil municipal et d’un conseil de communauté urbaine qui affirment haut et fort qu’il faut effectivement se débarrasser de l’automobile en ville[1]. Les paroles et les effets d’annonce doivent se traduire par des mesures concrètes en faveur de la réduction du nombre de voitures en ville, ce qui est l’antithèse de la politique municipale actuelle qui a choisi d’attirer les automobiles dans le centre de Lyon en y construisant des parkings[2]. Enfin, les effets doivent se faire ressentir tout au long de l’année en engageant rapidement une réelle dynamique de réduction du flux automobile et de la place occupée par celle-ci sur la chaussée ou dans les parkings. Ce que nous voulons, ce n’est pas que l’action change de nom, mais que celle-ci soit à la mesure des ambitions que lui confèrent ces trois mots : « ville sans voiture ».

[1] cf. Plaquette du Grand Lyon « Déplacements, et si on changeait d’ère ? »
[2] cf. Parking Gros Caillou