L'expression primitive des supporters de foot

Denis CHEYNET, juillet 2006

Samedi dernier, je rentrai chez moi après une soirée bien agréable. L’air du parc était particulièrement doux et l’atmosphère étonnement calme. Les promeneurs, souriants et détendus, se saluaient cordialement, comme unis par un même refus de s’abandonner à la vulgarité des jeux du cirque. C’est donc avec regret que la fermeture des grilles m’obligea à réintégrer mon appartement.

Car cela eût été mentir que de dire que je n’étais pas au courant qu’un match se jouait entre le Brésil et la France car il eût fallu pour cela que je fusse sourd et aveugle au matraquage médiatique et à l’omniprésence du football dans les conversations des mes compatriotes.

Je me plongeai dans un bon bouquin pour essayer d’oublier que je m’étais exclu volontairement de cette communion interplanétaire et que j’avais la désagréable impression de m’éloigner irrémédiablement des préoccupations des mes contemporains. Je lisais depuis déjà quelques minutes lorsqu’une clameur me tira hors de ma lecture, annonçant la fin du match.

Ces hurlements primaires furent immédiatement suivis d’un bruit épouvantable de bagnoles et d’avertisseurs sonores dont l’usage, soit dit en passant, est strictement interdit dans nos agglomérations, densité de population oblige. De quoi voulaient-ils m’avertir ? Etait-ce des bruits de joie ou des bruits de détresse ? Comment aurais-je pu le savoir puisque le son d’un klaxon est unique : laid, bruyant et stressant ?

On ne peut pas dire de ces supporters de foot - capables de se transformer en quelques instants en le plus imbécile des automobilistes - qu’ils soient des primates car même les primates sont capables de modulations sonores et de nuances. Ces supporters de foot sont incapables de transmettre leur joie sans l’imposer, sans réveiller les enfants et ceux qui aspiraient peut-être à un peu de repos à ce moment-là. Ce qui leur semblait être des cris d’allégresse fut perçu par mes oreilles comme des hurlements stridents.

Exprimer se joie à travers l’avertisseur sonore d’une bagnole est aussi imbécile que de manifester sa joie en tirant des balles en l’air, des roquettes au toute autre arme de guerre. Car l’automobile est une arme de destruction massive qui tue chaque année 1,2 millions de personnes dans le monde, qui altère irréversiblement l’atmosphère, enlaidit les villes et détruit le lien social.

Samedi dernier, le foot et la bagnole se sont associés pour manifester leur omniprésence et leur domination sur les esprits. Samedi dernier, j’ai mal dormi…