Un centre-ville préservé pour les bobos, Des banlieues défigurés pour les autres

Denis CHEYNET, novembre 2003

Lorsque la mairie de Lyon met en place une zone 30, le périmètre concerné est celui de la presqu’île. Lorsque le projet vélo’v a été confié au groupe publicitaire J.C. Decaux, des stations ont été construites uniquement sur les communes de Lyon et Villeurbanne et concentrées en majorité dans le centre. Les rues piétonnes ne sont envisagées qu’à proximité des commerces pour faciliter le lèche-vitrines et l’activité commerciale.

Ces mesures sont révélatrices de la conception qu’ont les élus d’une ville qui promeut les modes de transports doux. Dès que l’on parle de déplacements et de favoriser les autres modes de transports, le périmètre de la ville se réduit comme une peau de chagrin à un noyau central où sont situés les magasins chics et les populations les plus privilégiées.

Le bruit et la pollution générés par les automobiles sont insupportables. Il n’est donc pas étonnant que les bobos du centre-ville cherchent à s’en préserver … tout en conservant un véhicule garé bien au chaud dans l’un des parkings que le Grand Lyon construit pour eux. Ainsi, le cadre de vie du centre-ville s’améliore, dans un environnement architectural exceptionnel, préservé des panneaux publicitaires les plus laids et de la circulation automobile la plus dense.

Ce n’est pas le point de vue que je défends en tant qu’habitant de l’agglomération Lyonnaise. Ma vision est beaucoup plus ambitieuse. Pour moi, la ville s’étend sur l’ensemble de l’agglomération et comprend le Grand Lyon dans sa globalité. Je pense que la promotion des modes de transports alternatifs ne peut se faire qu’en réduisant fortement la place de l’automobile, c'est-à-dire en refusant toute nouvelle construction de parking et en diminuant la surface dédiée à l’automobile. Pour sortir de l’automobile et de toutes les nuisances associées, il faut développer un véritable réseau public de transports en commun, gratuit, fiable et dense.

L’ensemble de la population du grand Lyon doit être prise en compte dans cette politique d’amélioration du cadre de vie, en supprimant les voies rapides, les grandes surfaces et les affichages publicitaires. Tous les habitants de l’agglomération quelque soient leurs revenus et leur statut social, ont le droit de bénéficier d’un environnement sain, de rues calmes où les enfants peuvent jouer sans danger. Si, pour nos élus, la ville se limite à quelques rues, elle est pour moi un ensemble de communes et de très nombreux citoyens d’origines sociales et culturelles différentes. C’est cet ensemble que je souhaiterais voir s’organiser collectivement pour rompre avec le cancer automobile qui ronge notre belle agglomération.

Monsieur Collomb souhaite que l’hyper centre ville rayonne à l’international. Pour ma part, je souhaite que ce soit l’ensemble du Grand Lyon qui rayonne à l’international, en donnant l’exemple d’une grande ville européenne qui a su sortir de l’automobile et où il fait bon vivre, quelque soit la commune ou le quartier.